Quelque chose de très beau, de désespéré, cette sensation. Uniquement de l'abandon, du renoncement. Une confession...
Il savait. Il savait ce qu'il était, jusqu'où il pouvait aller, et jusqu'où elle irait, elle.
C'était de l'amour, et peut-être même plus que ça. De la reconnaissance, et surtout une infinie gratitude. Elle l'avait recueilli avec la légèreté et l'insolente désinvolture caractérique des êtres divins, ou peut-être démoniaques, il ne savait plus. Il ne savait qu'une chose, c'est qu'il n'était pas captif. Il était libre de s'en aller à tout moment, elle ne le retiendrait pas.
Mais c'est ce qu'il voulait, lui !
Une gouttelette de sueur perla sur sa joue, comme une larme. Il la regardait toujours, assise au piano, magnifique, perdue dans son rêve.
La générosité...
Ils étaient très mal assortis, bien sûr ; le cygne noir et le vilain petit canard. Mais elle ne s'était pas encore enfuie, alors il pouvait encore se nicher dans cette bulle de rêve, nid fragile.
Elle était la maîtresse des lieux, il n'était partout qu'un invité, même dans sa propre demeure. Elle communiait avec l'instrument bien mieux qu'il ne l'avait jamais fait, semblant vouloir noyer la maison tout entière dans une plainte lancinante...
Elle était inquiétante, douloureuse...
Ses yeux noirs lui mangeaient le visage, sans rien de pathétique, semblant toujours poser la même question avec un mépris distant...
Que fais-tu encore ici ?
Il ne possédait pas la réponse à cette question. Peut-être avait-il choisi, tout simplement...